Méthos - LGBTQI+ à Bruxelles

LGBTQI+ à Bruxelles

Une étude sur les violences de genre & les discriminations dans l’espace public bruxellois

Ethnographie
Gender Studies
Espace Public
Dignité

Malgré un cadre juridique contraignant et la présence d’une  société civile active et impliquée, la violence et la discrimination à l’encontre des personnes LGBTQI + en Belgique sont toujours une réalité. Une enquête en ligne du Centre de recherche sur les politiques pour l'égalité des chances en 2014 montre que neuf répondants sur dix ont subi des violences verbales ou psychologiques 1.


Ces résultats appellent à une meilleure compréhension des expériences subies de violence ou d’insécurité, de façon compléter les seules chiffres aujourd’hui pris en compte officiellement: les statistiques de la police, qui ne reflètent pas adéquatement la réalité, toutes les expériences de violences n’engendrant pas forcément de dépôts de plainte.

C’est avec cet objectif que la secrétaire d'État Bianca Debaets et son administration Equal.brussels ont mandaté Méthos pour travailler sur le sujet, le but ultime étant de documenter la réalité et le quotidien des personnes LGBTQI + dans l’espace public de la Région bruxelloise pour aboutir à des pistes de solutions et des mesures politiques.

 

"Je préfère l’hiver, je préfère quand il pleut.
Il y a moins de gens dans les rues, donc moins de risque."

 

 

 

"Il n'y a pas vraiment de safe zones à Bruxelles.
Il n'y a nulle part où je pourrais faire ce que les hétéro font."

 

 

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La récolte des témoignages s’est organisée sous la forme d'entretiens longs, semi directifs dans des lieux neutres et sûrs dans lesquels les répondants pouvaient partager leur expériences en conservant l’anonymat. L’étude met ainsi en avant des récits poignants, personnels et intimes de personnes LGBTQI + ayant subi à différents degrés et dans différents contextes des actes de violence ou de discrimintation liés à leur identité de genre ou leur orientation sexuelle.

No safe zones

Au fil des années et face à une situation qui ne s'améliore pas, les personnes LGBTQI+ ont développé un point de vue réflexif et critique sur Bruxelles. Ils arrivent à la conclusion, que même si Bruxelles a l’image d’une région ouverte, libre et tolérante, il n’y est aujourd’hui encore pas possible d’exprimer librement les identités de genre. Cris, injures, brimades, crachats, jets de projectiles, menaces, etc. sont le lot des personnes LGBTQI+ dans la sphère publique bruxelloise. En ce sens, Bruxelles reste une zone hétéronormative où la non-conformité de genre n'est pas acceptée.

Même si Bruxelles a l’image d’une région ouverte, libre et tolérante, il n’y est encore pas possible d’exprimer librement les identités de genre.

 

Les répondants y voient plusieurs explications. Pour la religion (monothéiste), très présente selon les quartiers de Bruxelles, l'hétérosexualité / sexe cis est la seule norme à suivre, toutes autres orientations sexuelles ou expressions de genre sont une menace pour l'état «naturel» des choses.


Une autre raison désignée est celle d’une masculinité hégémonique, faisant référence aux formes de domination de la masculinité sur la féminité mais aussi sur toutes les autres expressions de genre. Qualifiée de masculinité toxique ou d’univers machiste par les répondants, elle serait prépondérante dans l’espace public bruxellois où les formes stéréotypées de la masculinité dominent et marginalisent les autres expressions de genre. 


L'exclusion socio-économique, la pauvreté et l’absence de perspective pour les habitants dans certaines zones de Bruxelles, serait une autre raison plus structurelle. Le harcèlement et l'intimidation dont sont victimes les personnes LGBTQI+ sont les manifestations de la frustration d’une population qui subit la violence des institutions et d’un système économique inégalitaire et l’expression d’un besoin de retrouver une forme de pouvoir et de contrôle à l’heure tour, même pour un court instant et sous la forme de violences physiques ou verbales. Le manque d’éducation et de connaissances socioculturelles, notamment relatives aux questions de genre et à la sexualité, complètent le tableau.

 

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Effacement des signes

Sur un plan personnel, les actes de violence (verbales, psychologiques, physiques, matérielles ou sexuelles) ont un lourd impact. On distingue les conséquences émotionnelles comme le stress, la gêne, la peur et le sentiment d'humiliation mais aussi, de façon permanente et peu à peu considérée comme “naturel” pour les personnes LGBTQI+ dans l’espace public - c’est là certainement une des conséquences les plus graves pour les droits LGBTQI+ acquis de haute lutte ces dernières décennies: la modification de leur comportement, de leurs gestes soit un processus d’effacement volontaire de tous les signes renvoyant à leur identité de genre ou leur orientation sexuelle. Ce qui revient à dire: un effacement de leur identité propre, ce qui les constitue comme individus. 

"Donner la main, c’est un acte politique"

 

N'étant pas satisfaits de la manière dont la police traite les plaintes, les répondants appellent à une plus grande implication et une prise de position de la société civile sur le sujet ainsi qu’à une plus grande écoute des ONG et des organisations LGBTQI+. La présence « sur le terrain » de travailleurs sociaux, l’investissement dans des contacts directs et étroits avec les jeunes, via les organisations de jeunesses ou l’école bien sûr, sont des leviers sur lesquels il est possible d’agir dès maintenant pour aller vers une meilleure acceptation des personnes LGBTQI + à Bruxelles.

Les résultats de l’étude ont été présentés au secrétaire d'État à l’occasion d’une conférence de presse qui s’est tenu dans un bar arc-en-ciel du centre de Bruxelles. 

 

Travailler avec Méthos est une expérience enrichissante. Leur approche de terrain était ce dont nous avions besoin pour décrire la réalité des communautés LGBTQI + à Bruxelles.

Danny Jacqmot, Project Manager SOGIESC, Equal.brussels

 

Documentary 'Colours of the Rainbow: We Are Family.' by VICE, BOZAR and Equal.brussels 

 

1 D’haese, L., Dewaele, A., & Van Houtte, M. (2014). Geweld tegenover holebi’s II: een online survey over ervaringen met holebigeweld in Vlaanderen en de nasleep ervan. Antwerpen: Steunpunt Gelijkekansenbeleid. 

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